Projet Black Viper est une saga de science-fiction, sous-genre dystopie, sous-genre cyberpunk. Que signifient donc ces mots  ?

À l'inverse de l'utopie, la dystopie relate des événements au coeur d'une société difficile à vivre, pleine de défauts et dont le modèle ne devrait jamais être imité. Quant au cyberpunk, il met en scène un futur proche où s'étend une société technologiquement avancée (notamment en matière d'information et de cybernétique). Les mondes cyber suintent de pessimisme. La violence y est omniprésente, tel leur côté lugubre et parfois ironiquement grinçant. Quant aux personnages, ce sont des antihéros désabusés, cyniques et cupides.

Je ne saurais mieux décrire mon univers !

Car oui, le monde de Projet Black Viper est sombre, soumis à sa décadence. J’y conte la chute des mondes et des rêves, l'ascension de nouvelles égéries de chair et de métal. Mes héros n’en sont pas : les Vipers sont d’immondes créatures dévouées à un maître dont la cruauté se révèle par ses actes. Ils agissent pour les méchants, mais… même face à eux, les « gentils » sont dirigés par un chef sans foi ni loi. Sadique.

C’est un univers sans concessions. Sans limites. Sans pitié.

Roman pour adultes. Âmes sensibles s'abstenir.

Enchaîné dans les profondeurs de son inconscience, Skylar entrevoyait des échos d’un traumatisme. Qu’il s’agît de sons sans images ou d’images sans sons, il revivait inlassablement les derniers événements, ceux l’ayant mené au coma. Polluée, sa mémoire lui infligeait des figures anéanties, des hommes et des femmes au cœur du combat, réduites à l’état de chair informe par les détonations et la mitraille. Le sang coulait à flots, voilait son regard et entachait cette caricature d’assaut glorieux d’une teinte rougeâtre. Une obscurité tombait, et en elle s’entrevoyait des lueurs vives, celles des yeux des robots guerriers, machines sans conscience ni états d’âme, dont les membres surarmés fendaient, déchiraient, massacraient. Il distinguait au milieu des flammes et de la fumée cette silhouette svelte et agile, celle d’un mécha-chien chargé en tubes de dythramine. Il se souvenait d’avoir ouvert grand les yeux d’effroi, d’avoir ordonné « couchez-vous ! », en vain. La créature d’acier avait sauté dans une gerbe de flammes azur, et son exosquelette avait volé en éclat. Il se remémorait une douleur ciblée et intense, de mille entailles, du sang se mettant à couler. Sous le choc, il avait fini par s’évanouir.

Nouvelle édition

Prête à affronter le cœur de la cité-État, Éva sortit de sa chambre. Sitôt à l’extérieur de l’hôtel, elle se sentit agressée par l’agitation ambiante. Les gens allaient et venaient, tantôt dans leur monde ou absorbés par leur conversation ComLink, tantôt pressés par des urgences dont on ne savait rien, mais auxquelles il fallait se soumettre pour éviter d’être renversé. Cette masse grouillante émettait un brouhaha qui, additionné au murmure des véhicules autant à essence qu’à noyau, formait un tumulte assourdissant.

Éva se jeta dans ce flux bigarré où s’entremêlaient naturels et augmentés, gens à la mode, en costume-cravate ou aux tenues exubérantes, discrets ou flashy, avec ou sans gadgets. Elle se dirigea vers une gare de Starway et attendit sa rame, assise sur un banc entre un punk à crête rose et une femme en tenue de fourrure et froufrous, étrangement semblable à son caniche.

La rame se montra. Là où, jadis, se trouvait le pilote, un panel de pixels s’allumait ou s’éteignait au gré des « émotions » de l’IA. Ainsi, ce train souriait ou clignait des yeux comme dans un dessin animé. Sur son flanc défilaient des réclames, tant pour des augmentations Pinxit — « Pour Noël, rendez sa mobilité à votre parent handicapé ! -20 % sur votre chirurgie en clinique Medic’All ! » — que pour des produits Winslow Medical — « Bi-phénoline, la performance accessible ! » — ou pour la dernière promotion de Walmart — « Prix choc sur la dinde de Noël, garantie G-mod. »

Nouvelle édition

Subtil mélange de filaments soyeux et de rejets volatils, de gris nuages cachaient le coucher de soleil. La Citadelle ouvrait ses yeux sur un monde nouveau, celui de la nuit, du borderline et de l’interdit oublié. Elle se teignait de couleurs fluo, changeantes et mouvantes, tel un débordement dégoûtant d’hologrammes. Pubs, femmes mi-putes mi-soumises ; hommes suraugmentés au sex-appeal fallacieux. La Ville Lumière changeait, se transformait, comme défoncée au crack. Souillée dans sa faiblesse par d’insidieux marketeux. Car malgré les efforts de Madeleine Romane pour y instaurer un système rigide, cette ville gardait les stigmates des régimes antérieurs, de ces Républiques de vendus aux éminences avides de royalties. Elle était, et resterait jusqu’à nouvel ordre, la déchetterie des corporations, vouée à se noyer dans sa propre déliquescence. 

Son cœur, théâtre d’un affrontement sans fin entre Gouvernement et Conglomérat, différait du reste de son être. Quand de demi-dieux autoproclamés se regardaient en chien de faïence, ailleurs, des créatures consommatrices et décérébrées s’abandonnaient à une sorte de contemplation béate de la décadence. Plus on s’éloignait de l’hypercentre et approchait du mur, plus on sombrait.

© 2020 by ELLEN RAVEN MARTIN

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