Les Chroniques de Weyän : une saga de fantasy, orientée dark voire gritty. Que signifient donc ces mots ?

La dark fantasy, sous-genre sombre de la fantasy, désigne également la gritty fantasy, sorte de mélange entre du dark et de la fantasy médiévale. Le gritty se déroule dans un univers très proche d'un Moyen Âge impitoyable, assez réaliste. Les héros ont tendance à s'y montrer amoraux et à agir avec égoïsme. Les Chroniques, c’est de la gritty fantasy. Vous y croiserez des personnages soumis à leurs intérêts personnels, pas franchement altruistes, foncièrement égoïstes. Pas de magie mignonne et de paillettes ; ici, il faut se sacrifier ou sacrifier dans le sang et les viscères pour conjurer un pouvoir ancestral. La guerre menace, les meurtres s’enchaînent comme d’autres actes odieux. Pour quelques pièces d’or ou pour renverser un royaume, massacrer, torturer et violer semblent être une solution pour ces personnages dénués de scrupules.

Roman pour adultes. Âmes sensibles s'abstenir.

Toute son enfance, Damhán s’était vu gaver par son magister d’histoire et d’usages des maisons de Weyän. Pourtant, malgré ces enseignements, il ignorait tout de Tertane. Son savoir se résumait à des bribes d’informations découvertes dans un ouvrage lu à la dérobée, voire aux récits de voyage de certains gardes. S’il avait oublié le nom de Val-Arcor, il se souvenait de cette appellation de Cité de chair. Quand il en demanda la signification à Adriel, son camarade d’infortune, il eut un sourire.

— Tu verras. 

La ville avait été construite dans la formidable gorge d’Arcor. Certains la surnommaient la Porte de l’ouest, car elle dominait la grand-route du Soleil couchant, jonction entre Mistrial et les cités côtières de la mer de Granlame. Une route estimée courte et comme la moins dangereuse de la région. Les caravaniers y allaient et venaient sans cesse, s’arrêtant volontiers à Val-Arcor pour y faire affaire. L’or, tel le sang, y coulait à flots.

Ses tours de guerre émergeaient du flanc de la montagne. S’entrevoyaient, au loin, ses meurtrières par leur contraste sur la roche couleur de bronze. Elles surveillaient entre autres une immense porte d’obsirium semblable à celle d’une forteresse Herlinghir. En voyant la caravane arriver, un homme gueula dans un dialecte infâme et un cor sonna.

 

HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOIIIIIIIIIIIIIN…

 

Damhán jeta un regard au-dehors, médusé. Un mécanisme actionna la porte, dont l’immense vantail glissa dans un raclement.

— La Roi de Fer a toujours aimé la grandeur, commenta Adriel. As-tu déjà vu celle de Lindka ?

 

HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOIIIIIIIIIIIIIN…, sonna derechef le cor.  

 

— Je ne suis jamais allé à Lindka, avoua Damhán.

— Crois-moi… tu aurais préféré aller à Lindka.

Le col du Vashtar se dressait face à Fændal. Cette muraille naturelle veinée de glace était fermée par une ruine : le Portail des mille lames. Un vestige d’une ère oubliée de tous. À en croire l’Ordre et tous les manuscrits des magisters, cet édifice comme tant d’autres avait été érigé par Herlingar à l’âge des Héros, dans sa guerre contre les contrées vertes. Fændal n’y avait jamais cru. Pour lui, Herlingar écrasait ses ennemis, ne se terrait jamais derrière des murs. Quelle était donc l’utilité de telles constructions ?

Fændal talonna son âne et se faufila parmi les décombres de ce fameux Portail. Le jeune magister semblait absolument minuscule à ses côtés. Son armature en obsirium chuchotait, animée par le vent, et à son sommet, des congères crachotaient des morceaux de glace. Il émanait de cet endroit un mana résiduel très étrange. Fændal démonta un moment, attisé de curiosité. Il toucha le sol, sentit cette énergie courir en lui et faire écho au fiel. À son oreille siffla le vent, et il jura entendre une clameur de combats.

Son regard glissa vers ses sacoches. Et si l’Ordre cachait la vraie histoire ? Et s’il y avait autre chose, avant cet âge des Héros ?

Fændal secoua la tête et se remit en selle.

© 2020 by ELLEN RAVEN MARTIN

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